Publication interne

Étude sur les expériences de violence sexiste vécues par les lycéennes des quartiers informels de Mathare, dans le comté de Nairobi, au Kenya

La violence sexiste fait partie des dures réalités de la vie dans un quartier informel. Les Nations Unies la classent parmi les violations graves des droits de l’homme, plus de 30 % des femmes en étant victimes. La vulnérabilité à la violence sexiste dans ces quartiers est d’autant plus grande chez les plus jeunes, comme c’est le cas des lycéennes, les statistiques indiquant qu’elles représentent le nombre le plus élevé de cas recensés de violence sexiste. De nombreuses politiques visant à atténuer ce phénomène sont en place, mais ce fléau ne cesse de s’aggraver. La plupart des données existantes sur la VGB se concentrent sur les femmes adultes, alors que ce fléau peut être retracé dès les premières années de la vie des filles, avant d’être ignoré par la suite, ce qui contribue à normaliser ces pratiques abusives. En outre, ce fléau pourrait être favorisé par la surpopulation dans les quartiers informels des zones urbaines, associée à l’effritement du tissu moral au sein des familles traditionnelles. Cette étude s’est donc donné pour objectif d’explorer les expériences de violence de genre vécues par des lycéennes dans les quartiers informels de Mathare, à Nairobi, au Kenya. Les objectifs de l’étude étaient les suivants : explorer les formes de violence de genre subies par les jeunes filles ; déterminer les réactions de ces dernières face à ces actes ; examiner les réponses apportées par les établissements scolaires aux cas de violence de genre ; et recueillir auprès des jeunes filles des suggestions sur la manière dont les lycées pourraient améliorer leurs systèmes de soutien. La théorie féministe sociale de Crenshaw et Janes, ainsi que la théorie du soutien social de Drennon-Gala et Cullen, ont guidé cette étude qualitative, qui a utilisé une approche phénoménologique s’inscrivant dans le paradigme interprétativiste. L’étude a porté sur 28 participantes (des jeunes filles), sélectionnées par échantillonnage en boule de neige, issues de deux établissements secondaires publics situés dans les quartiers informels de Mathare, choisis de manière intentionnelle. Les données ont été recueillies à l’aide de méthodes visuelles participatives (dessins), utilisées pour explorer les expériences des jeunes filles en matière de violence sexiste. Les données issues des discussions autour des dessins ont fait l’objet d’une analyse thématique. Les résultats ont révélé que les jeunes filles avaient subi des violences physiques, sexuelles, psychologiques et verbales. Leurs réactions face à la violence comprenaient la résistance, le signalement, la recherche d’aide et l’intériorisation de leurs sentiments. En revanche, certaines jeunes filles n’ont pas signalé les faits, mais ont préféré garder le silence. De plus, les filles ont révélé que leur réaction face à l’école dépendait de leur connaissance des stratégies d’intervention, du fait que les enseignants préservent ou non la confidentialité de l’affaire, ainsi que des craintes liées à la perception des conséquences d’une telle réaction. Certaines filles ont indiqué que la principale réponse de l’école consistait souvent en un accompagnement et un soutien psychologique, tandis que d’autres ont signalé que l’école était incapable de les aider. Plusieurs participantes ont fait état d’un manque de crédibilité de la part des enseignants lorsqu’elles signalaient leurs expériences, ceux-ci percevant ces expériences comme des événements normaux. Afin d’améliorer le soutien que leur apporte l’école, les jeunes filles ont estimé que les établissements devraient élaborer des stratégies claires de signalement et mettre en place des formations de sensibilisation à l’échelle de l’établissement. Ainsi, l’étude a conclu que les jeunes filles vivant dans des quartiers informels subissaient des violences sexistes sous diverses formes, les abus sexuels étant les plus fréquents ; que les enseignants réagissaient de manière « rétrograde » face aux cas de jeunes filles victimes d’abus ; que celles qui signalaient leurs expériences se voyaient proposer de manière désinvolte une séance de conseil par l’école ; et, par conséquent, que les écoles devraient s’efforcer d’offrir un soutien adéquat aux jeunes filles qui en sont victimes. L’étude a donc recommandé que les établissements scolaires se dotent d’un mécanisme permettant d’identifier les filles victimes de violences sexistes, de comprendre leur situation difficile et de leur proposer des services spécialisés d’accompagnement psychologique post-traumatique. En outre, elle a préconisé que les établissements organisent des sessions de formation à l’échelle de l’établissement, au cours desquelles les enseignants, les garçons et les filles seraient sensibilisés à la sexualité en général, ainsi qu’aux violences sexistes et aux stratégies d’intervention possibles. Les conclusions de cette étude pourraient revêtir une importance particulière pour les lycéennes, les enseignants, le ministère de l’Éducation et d’autres chercheurs.

Publié par : Japheth Noel
Auteur : Mworia, Naomi W. | ORCID : https://orcid.org/0000-0002-4756-5952
Institution : Université Moi | Centre : Centre germano-africain de l'Est et du Sud pour la recherche, les méthodologies et la gestion de l'éducation (CERM-ESA)
Directeurs de thèse : Githinji Felicity W. | De Lange, Naydene
Type : Thèses | Master | Anglais
Sujets : Éducation

Date : octobre 2023 | Pages : xiv , 215
Copyright : L'auteur | Licence : Libre accès